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"Le seul parti du show, c’est le vivre ensemble"

"Le seul parti du show, c’est le vivre ensemble"
 

Après avoir cassé la baraque en 2018 avec Fin mal barrés !, spectacle d’humour politique 100 % local interprété par Maïté Siwene, la journaliste et auteur Jenny Briffa signe Fin mal géré ! Un nouveau seulen- scène dans la même veine, joué par Stéphane Piochaud, au centre Tjibaou. Les billets se sont envolés, mais il reste des places les 8 et 10 juillet, avant la tournée en Brousse. Entretien.

Qu’est-ce qui vous a amenée à écrire ce nouveau spectacle ?

C’est le succès de Fin mal barrés !, mon premier essai d’écriture pour la scène. Le public calédonien en voulait encore, il me l’a souvent réclamé. Maïté Siwene n’avait pas envie de rembrayer là-dessus, donc j’ai hésité. Et puis, suite au premier référendum et aux provinciales – je ne parle pas des résultats eux-mêmes mais de l’ambiance de tension et de repli sur soi qui s’est installée des deux côtés – j’ai pensé qu’il fallait vraiment se remettre au travail pour porter un message optimiste et positif sur le vivre ensemble.

Et dédramatiser la période qu’on vit actuellement ?

Bien sûr. Ce qui est fantastique avec le rire, c’est qu’il est rassembleur. Les Kanak, les Caldoches et les Wallisiens rigolent aux mêmes blagues.Ce qui prouve qu’on a bien ce pays en partage. On a la même culture, la même histoire. Et il y a vraiment un humour calédonien, avec une tradition de la feinte dans toutes nos communautés. Par ailleurs, je constate qu’il y a encore une crainte à l’idée de se moquer publiquement des élus dans notre pays. Des peurs infondées ! On nous a demandé de lire le texte avant de programmer le spectacle. J’ai refusé. Il ne faut pas transiger avec les principes et l’éthique, surtout quand on construit un pays.

Dans sa construction, Fin mal géré ! reprend les bases de Fin mal barrés ! ?

C’est un peu la suite. Dans le premier show, le personnage principal était Michelle Wobama, qui décidait à la fin d’amorcer une carrière politique. Cette fois c’est son cousin, Hussein Wobama, métis comme elle, qui se pose la question : faut-il voter pour l’indépendance ou pour le maintien dans la France ? À partir de là, on interroge les positions des deux courants, et on se moque des deux. Autre chose qu’on retrouve dans ce spectacle : les flashs radio récurrents, avec « les coups de gueule » que j’adore écrire et que les comédiens adorent jouer. En gros, la forme des deux shows est la même. C’est entre le stand-up, le sketch et le théâtre.

Y a-t-il une part d’improvisation ?

Non, tout est écrit, même si en cours de route je reste ouverte aux suggestions de l’équipe. Dans l’écriture, ce qui m’importe le plus, c’est la précision et l’équilibre sur ce qui est d’ordre politique. Ce n’est pas un spectacle loyaliste ou indépendantiste. Le seul parti du spectacle, c’est le vivre ensemble ! J’espère aussi susciter des questionnements, aller contre certaines évidences qui ruinent la réflexion... Par exemple sur le financement de l’indépendance, je n’ai pas voulu faire seulement référence au Vanuatu, mais aussi à d’autres pays où l’expérience est plus réussie. Dire ça ce n’est pas être indépendantiste, c’est être honnête intellectuellement. Tout comme reconnaître que l’apport positif de la France ne se limite pas à des flux d’argent mais aussi à une stabilité propice à l’économie, ce n’est pas être loyaliste. Si on veut réfléchir à la meilleure solution pour notre pays, il faut arrêter de confondre constat honnête et militantisme.

Vos opinions personnelles apparaissent-elles dans le show ?

Oui, à la fin. Bien sûr, je ne donne pas de consignes de vote. Pour moi la vraie question, ce n’est pas pour ou contre la France, pour ou contre l’indépendance. Vu l’équilibre des forces, on sait tous qu’il va falloir trouver une solution, et que ce n’est pas le référendum qui l’apportera.

Derrière le rire, vous avez une inquiétude pour le pays ?

J’observe comme tout le monde une certaine tension, des paroles outrancières de part et d’autre. Sans vouloir jouer les donneuses de leçon, nos responsables devraient prendre de la hauteur. Quand Elie Poigoune, le président de la Ligue des Droits de l’Homme, passe à la télévision avec des paroles d’apaisement et de sagesse, tout le monde s’en réjouit... et juste après l’empoignade repart de plus belle. Le problème, on en parle dans le spectacle, c’est qu’ici les gens ont tendance à se braquer sur leurs convictions : c’est « il faut la Kanaky ! » ou « il faut la France ! » À partir de là, celui d’en face apparaît forcément comme un idiot qui ne comprend rien. Il y a une phrase de Nietzsche que j’aime beaucoup, qui dit : « nos convictions sont des prisons ». Il faudrait s’habituer à penser contre soi, et surtout se rappeler qu’on a énormément de choses en commun.

Vous mettez-vous des limites dans l’humour ?

Non, d’ailleurs plus la première approche, plus je me demande si je n’ai pas tapé trop fort (rires). Mais j’ai aussi une certaine tendresse pour nos politiques. Je me rends compte qu’être élu est difficile. Parce que je suis profondément démocrate, je crois en la politique, au travail des élus, et c’est pour cela que je suis exigeante avec eux.

Propos recueillis par Antoine Pecquet

Fin mal géré ! de Jenny Briffa, avec Stéphane Piochaud, mise en scène de Stéphane Andrau, complet du 25 juin au 5 juillet, représentations supplémentaires les 8 et 10 juillet, à 19 h. Début de la tournée en Brousse le 11 juillet, à Voh, sous le Chapitô. Plein tarif : 2 500 F ; tarif réduit : 1 500 F. Billetterie sur eticket.nc et sur place.

Qu’est-ce qui vous a amenée à écrire ce nouveau spectacle ?

C’est le succès de Fin mal barrés !, mon premier essai d’écriture pour la scène. Le public calédonien en voulait encore, il me l’a souvent réclamé. Maïté Siwene n’avait pas envie de rembrayer là-dessus, donc j’ai hésité. Et puis, suite au premier référendum et aux provinciales – je ne parle pas des résultats eux-mêmes mais de l’ambiance de tension et de repli sur soi qui s’est installée des deux côtés – j’ai pensé qu’il fallait vraiment se remettre au travail pour porter un message optimiste et positif sur le vivre ensemble.

Et dédramatiser la période qu’on vit actuellement ?

Bien sûr. Ce qui est fantastique avec le rire, c’est qu’il est rassembleur. Les Kanak, les Caldoches et les Wallisiens rigolent aux mêmes blagues.Ce qui prouve qu’on a bien ce pays en partage. On a la même culture, la même histoire. Et il y a vraiment un humour calédonien, avec une tradition de la feinte dans toutes nos communautés. Par ailleurs, je constate qu’il y a encore une crainte à l’idée de se moquer publiquement des élus dans notre pays. Des peurs infondées ! On nous a demandé de lire le texte avant de programmer le spectacle. J’ai refusé. Il ne faut pas transiger avec les principes et l’éthique, surtout quand on construit un pays.

Dans sa construction, Fin mal géré ! reprend les bases de Fin mal barrés ! ?

C’est un peu la suite. Dans le premier show, le personnage principal était Michelle Wobama, qui décidait à la fin d’amorcer une carrière politique. Cette fois c’est son cousin, Hussein Wobama, métis comme elle, qui se pose la question : faut-il voter pour l’indépendance ou pour le maintien dans la France ? À partir de là, on interroge les positions des deux courants, et on se moque des deux. Autre chose qu’on retrouve dans ce spectacle : les flashs radio récurrents, avec « les coups de gueule » que j’adore écrire et que les comédiens adorent jouer. En gros, la forme des deux shows est la même. C’est entre le stand-up, le sketch et le théâtre.

Y a-t-il une part d’improvisation ?

Non, tout est écrit, même si en cours de route je reste ouverte aux suggestions de l’équipe. Dans l’écriture, ce qui m’importe le plus, c’est la précision et l’équilibre sur ce qui est d’ordre politique. Ce n’est pas un spectacle loyaliste ou indépendantiste. Le seul parti du spectacle, c’est le vivre ensemble ! J’espère aussi susciter des questionnements, aller contre certaines évidences qui ruinent la réflexion... Par exemple sur le financement de l’indépendance, je n’ai pas voulu faire seulement référence au Vanuatu, mais aussi à d’autres pays où l’expérience est plus réussie. Dire ça ce n’est pas être indépendantiste, c’est être honnête intellectuellement. Tout comme reconnaître que l’apport positif de la France ne se limite pas à des flux d’argent mais aussi à une stabilité propice à l’économie, ce n’est pas être loyaliste. Si on veut réfléchir à la meilleure solution pour notre pays, il faut arrêter de confondre constat honnête et militantisme.

Vos opinions personnelles apparaissent-elles dans le show ?

Oui, à la fin. Bien sûr, je ne donne pas de consignes de vote. Pour moi la vraie question, ce n’est pas pour ou contre la France, pour ou contre l’indépendance. Vu l’équilibre des forces, on sait tous qu’il va falloir trouver une solution, et que ce n’est pas le référendum qui l’apportera.

Derrière le rire, vous avez une inquiétude pour le pays ?

J’observe comme tout le monde une certaine tension, des paroles outrancières de part et d’autre. Sans vouloir jouer les donneuses de leçon, nos responsables devraient prendre de la hauteur. Quand Elie Poigoune, le président de la Ligue des Droits de l’Homme, passe à la télévision avec des paroles d’apaisement et de sagesse, tout le monde s’en réjouit... et juste après l’empoignade repart de plus belle. Le problème, on en parle dans le spectacle, c’est qu’ici les gens ont tendance à se braquer sur leurs convictions : c’est « il faut la Kanaky ! » ou « il faut la France ! » À partir de là, celui d’en face apparaît forcément comme un idiot qui ne comprend rien. Il y a une phrase de Nietzsche que j’aime beaucoup, qui dit : « nos convictions sont des prisons ». Il faudrait s’habituer à penser contre soi, et surtout se rappeler qu’on a énormément de choses en commun.

Vous mettez-vous des limites dans l’humour ?

Non, d’ailleurs plus la première approche, plus je me demande si je n’ai pas tapé trop fort (rires). Mais j’ai aussi une certaine tendresse pour nos politiques. Je me rends compte qu’être élu est difficile. Parce que je suis profondément démocrate, je crois en la politique, au travail des élus, et c’est pour cela que je suis exigeante avec eux.

Propos recueillis par Antoine Pecquet

Fin mal géré ! de Jenny Briffa, avec Stéphane Piochaud, mise en scène de Stéphane Andrau, complet du 25 juin au 5 juillet, représentations supplémentaires les 8 et 10 juillet, à 19 h. Début de la tournée en Brousse le 11 juillet, à Voh, sous le Chapitô. Plein tarif : 2 500 F ; tarif réduit : 1 500 F. Billetterie sur eticket.nc et sur place.

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